Le début du pourquoi

 On tombe enceinte et le bonheur nous renverse, finit par se pointer la peur et ses millions de questions et ce n’est qu’au moment venu que l’on tombe réellement en amour pour la première fois. Dès ce moment la perception de la vie change, on donne un autre sens aux mots; sacrifice, constance, implication, responsabilité, bonheur (pour ne nommer que ceux-ci). On constate parfois avec  joie, parfois avec tristesse et parfois avec crainte la vérité sur les parents, ce monde tellement différent auquel nous ne sommes jamais vraiment  prêts  à faire partie.  Il y a les bons et les moins bons coups, les doutes, les interrogations, les réussites et le quotidien. On finit par trouver un certain équilibre, on s’habitue au rôle de parent et on est fière de ce petit être qui grandit et apprend.

 Vient le moment de laisser notre progéniture entre d’autres mains, il doit se faire des amis, sociabiliser, la coupure est horrible mais passagère. Il était prêt avant nous à faire ce grand saut et nous sommes soulagés qu’il s’adapte si vite.

Il commence un chemin important, il devient lui-même, ses traits de caractère se forgent, se définissent. On lui découvre de bonnes habitudes mais aussi de mauvaises, sa personnalité grandit et prend de plus en plus de place, notre enfant s’affirme et c’est tellement merveilleux!

Et il y a les conflits, on apprend que ce n’est pas toujours facile, mais il est tellement bien encadré que tout devrait entrer dans l’ordre si chacun y met du sien. On met  les bouchées doubles en culpabilisant sur tout et surtout sur notre séparation. Se peut-il qu’il  ait des séquelles même plusieurs années plus tard? Le pédiatre nous dit que notre enfant est juste un peu sensible qu’il a besoin de stabiliser son besoin affectif. Tout finit par aller mieux on est soulagé, tellement!

Finalement, le jour J arrive, le premier jour d’école. Notre bébé devient grand et il a hâte de l’être encore plus. Notre cœur se serre de tristesse et de joie et c’est une nouvelle étape qui commence, tout est tellement parfait, on vit le parfait bonheur.

Soudainement, sans crier gare, une série d’événements se succèdent et l’on fait face à la différence.

Il y a la différence que l’on refuse de voir, celle que l’on traite à grands coups d’amour espérant  un résultat quelconque. Les comportements qui nous  affolent, ceux qu’on minimise, ceux qui ont des explications. On trouve une explication à tout, on veut tellement que tout soit normal. Et vient le jugement, les préjugés et la douleur. On regarde cette vie basculer, on doute de soi, le cœur à la renverse, nos repères s’effacent et l’on se retrouve seul dans un monde injuste, sans ressource, criant à l’aide dans un monde sourd.  L’étiquette officielle arrive dans un tournant apportant avec elle une chute sans fin. Dès son apposition, plus rien ne sera pareil, tout ira vite selon ce que les autres veulent : Chasser la différence le plus loin possible. Il ne faudrait pas contaminer les autres, laissons la normalité tranquille il ne faut pas LA perturber avec ÇA, n’est-ce pas? Laissée seule au beau milieu d’un monde administratif souffrant, des services psychologiques et psychiatriques inaccessibles, des services sociaux sans ressources, d’un milieu scolaire sans pitié. Voilà comment je suis devenue mère d’un enfant différent!

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